statue sculpture art sacré pierre sculptée

Je peux dire de l’art sacré qu’il associe à la fois le beau et le fonctionnel. La distinction d’art sacré donne une fonction à l’art ordinaire, et la noblesse de l’art ne se réduit pas à la distinction de “sacré”.
L’amateurisme ne peut se placer ni dans l’un ni dans l’autre.

La sculpture, l’image et l’art sacré

« L’absence totale d’images n’est pas compatible avec la foi dans l’incarnation »
(Cardinal Ratzinger, l’esprit de la liturgie)

L’art sacré:

Le fonctionnel oriente la sculpture puisque celui- ci l’associe à la “mission” du culte dans lequel elle est placée : l’église, le temple…
L’autel qui peut être « sculpture d’art sacré » est donc à la fois beau et utilitaire. Beau, et utile puisqu’il est table « de sacrifice », selon les descriptifs théologiques.

L’art religieux ?

L’absence, ou le défaut de technique dans un art en fait souvent une activité d’amateur. Le sujet lui- même, qu’il soit tiré de textes sacrés, ne rend pas à la sculpture ce qu’elle perd lors du manque de technique, de tracé ou d’inspiration, et lors de ce que j’appelle duplicité d’intention ou jugements et intervention tierce. 

L’art peut- il être religieux ?

A se désigner « religieuse », l’œuvre devient plurielle, or l‘art nécessite un acte de l’ordre du travail et unicité de geste.
Se peut- il qu’une œuvre d’art soit de fait spontanée, qui abolirait le travail préliminaire ?
Le sculpteur que je suis ne peut pas admettre cela aussi facilement, car dans le concret il a fallu du temps pour sculpter cette statue en pierre qui est là devant moi ! Ce temps signifie donc un travail.
Certes, le concept, l’idée de l’œuvre est plus rapide que le temps, plus immédiat. Et même le sujet peut précéder le concept. Mais la mission du sculpteur n’est pas de posséder l’idée, ou bien de diviser le concept, de souiller en quelque sorte l’acte. Il ne peut y avoir de geste ou d’intention « ambigüe ».

sculpture art sacré religieux statue et peinture mosaique
Mosaîque romaine, vers le I er siècle. Recherche du modelé et technique plastique assumée.

L’art sans la magie de l’art ?

Une appropriation d’un médium (une technique, peinture, sculpture…) au profit d’un message qui est de fait différent de l’acte de l’art. Un art « religieux » oui, mais sans la magie de l’Art ?

L’absence de modelé crée des œuvres plates et pales. La coupure historique avec les maîtres du passé est regrettable. 

Un exorcisme éteint l’art et la vie

sculpture art sacré religieux statue et peinture mosaique
Lourdes, mosaïque, XXème siècle. Modelé absent, maniérisme et raideur.

Une sculpture pré- determinée ?

Il ne peut donc pas y avoir de possession par un tiers dans l’acte de l’art.

  • Ce n’est pas le sujet qui rend art.
  • Ce n’est pas le sujet qui rend « sculpture ».
  • Ce n’est pas le sujet en tant que motif qui possèderait initialement la beauté idéale.

« Je ne vois pas pourquoi tout le monde s’occupe d’art, lui demande des comptes, et à son sujet laisse libre cours à sa propre sottise. Les musées sont autant de mensonges ; les gens qui s’occupent d’art sont pour la plupart des imposteurs ». (Picasso)

Appropriation vers le “religieux”, ou le religieux ne peut “advenir”

La magie de l’art, étrange, inconnue ou trop mystérieuse doit être remplacée par le sujet qui l’exorcise. Mais à trop exorciser l’art par un sujet, l’art de fait s’éteint et que devient- il ?

L’amalgame éloigne l’œuvre de l’art

Si l’œuvre, en particulier la sculpture provient d’une technique, elle peut difficilement se confondre avec « le religieux ». Il s’agirait de « faire de l’art » pour que cela soit religieux, quel- que soit le thème

– Emporté par une grâce extraordinaire
– inspiré divinement

si je dissocie l’art recherché du travail nécessaire à exécuter l’œuvre, je néglige la technique, et cela se constate ; le monstre n’est pas inventé par les temps modernes : Des œuvres le manifestent : une contradiction se trouve dans leur finalité, une contradiction inévitable : Amalgamé, les figures sont « monstrueuses », les proportions bafouées, proches souvent de la déshumanisation, et là se trouve la laideur.
Cette distance voulue avec la technique réfute la magie, et manifeste l’œuvre apolitique, ou anti- politique, comme la croyance d’une supériorité de la grâce sur le temporel.
Dans le résultat, hétéroclite et souvent d’amateur, règne une nostalgie plus qu’une inspiration, le raisonnable plus que le génie.

L’instant et le narratif

Se peut -il qu’il y ait une distinction à faire entre l’instant, représenté dans l’art, et le narratif se trouvant dans le fait de relater un fait d’évangile ?
L’œuvre d’art serait donc absente du narratif. C’est à dire que l’œuvre d’art se veut instant, indépendamment de tout le reste !

La magie de l’art, étrange, inconnue ou trop mystérieuse doit être remplacée par le sujet qui l’exorcise.
Mais à trop chercher à exorciser par un sujet, l’art s’éteint et que devient- il ?

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