L’œuvre sculptée entre expression artistique et destination sacrée
La qualité devrait être la condition de l’union de la sculpture avec le sacré mais la distinction des deux termes, « art » et « sacré », ainsi que leur noblesse propre font que la plupart des œuvres d' »art sacré » manifestent l’impossibilité de cette union.
L’ art et le sacré sont- ils dans une union Impossible ?
L' art et le sacré sont- ils dans une union Impossible ?
La sculpture, expression millénaire de l’art, s’est souvent frottée à la notion du sacré. Pourtant, une analyse approfondie révèle que ces deux dimensions, bien que parfois mêlées, tendent à s’opposer.
- L’art s’émancipe des contraintes
- le sacré tend vers un objectif, utile, religieux, communautaire.
Cette tension soulève une question fondamentale : l’étiquette d’«art sacré» n’évoque-t-elle pas une contradiction intrinsèque ?
L’art est en quête de liberté
Par essence, l’art est une manifestation de liberté. Il exprime la quête d’évasion des dogmes et des objectifs utilitaires.
Une œuvre artistique, qu’elle soit peinture ou sculpture, transcende les limites imposées par des institutions ou des attentes sociétales.
Elle devient un espace d’exploration personnelle où le créateur- artiste, délivré de toute finalité autre que celle de sa propre expression, produit une image indépendante.
En revanche, le sacré impose une fonction : Une sculpture dédiée à un usage religieux, qu’il s’agisse d’une Vierge à l’Enfant, d’un Christ en croix, d’un autel en pierre, n’est pas seulement un objet esthétique. Elle devient un médium à travers lequel le spirituel cherche à se rendre visible. Ce processus de « conduire vers » ou de guider l’âme humaine prive l’œuvre de l’autonomie que l’art exige.
Le sacré est une option dans l'Art
Dans l’art sacré, le fonctionnel oriente la sculpture puisque celui-ci l’associe à la “mission” du lieu dans laquelle l’oeuvre est placée : une église, un temple…
L’autel peut être un essai d’association d’art et de sacré.
Mais dans ce cas la beauté est une notion différente de la beauté de l’œuvre d’art au sens commun.
Pour mieux comprendre l’évolution des représentations religieuses, découvrez l’histoire de la Vierge à l’Enfant en sculpture.
L'autel comme sculpture d'art sacré
L’autel est mobilier de culte. En tant que tel il n’est pas qualifié « d’oeuvre d’art » et il ne peut l’être dans la mesure où il relève d’une utilité, d’une fonction spécifique, pratique : table, table de sacrifice…
Le sacré prend le risque d'être une dimension qui annihile l’Art
Le sacré est, par définition, tourné vers l’autre : Dieu, la communauté de fidèles, ou encore un mystère transcendé. Il exorcise l’œuvre artistique de sa magie intrinsèque en l’assignant à une mission. Ainsi, le sacral tend à « domestiquer » l’art, à l’intégrer dans un cadre qui le prive de son essence universelle.
Prenons l’exemple des sculptures religieuses contemporaines. Souvent réalisées par des amateurs, elles souffrent d’une absence de maîtrise technique, d’harmonie esthétique.
Les matières employées sont inadaptées et les formes manquent de cohérence ; il s’agit souvent d’oeuvres arbitraires.
Loin de réunir l’art et le sacré, elles illustrent davantage la difficile coexistence des sphères art de qualité/sacré.
Le sujet développé lui- même, tiré de textes « sacrés », ne rend pas à la sculpture ce qu’elle perd lors du manque de technique et de professionalisme.
Art et sacré vers une appropriation mutuelle
Dans ce contexte, on peut affirmer que l’« art sacré » est souvent une tentative d’appropriation réciproque. L’art prétend revêtir une aura sacrée pour toucher au transcendant, tandis que le sacral emprunte le langage de l’art pour renforcer son pouvoir d’attraction. Cette alliance d’intérêt mutuel ne réussit que rarement à créer une symbiose véritable.
…et la magie de l’art, exorcisée, éteint la vie qui y était contenue.
Dans les pires cas, le sacré étouffe l’art en le réduisant à un outil fonctionnel, privé de tout souffle créatif.
Par ailleurs, lorsque l’art s’émancipe du sacré pour chercher une profondeur propre, il se libère de cette relation, mais prend le risque de perdre alors son ancrage spirituel.
Une invitation à la réflexion
Cette « magie » de l’art, exorcisée, provoque dans une sculpture ou une peinture par exemple l’absence de modelé, celui- ci étant jugé trop sensuel !
Il en résulte des œuvres plates et pales, dues également au manque souvent radical de technique, cela est regrettable.
L'amalgame éloigne de l'art
Si l’œuvre provient d’une technique, cela ne se confond pas avec le « sacré ».
Il s’agirait de «faire de l’art» pour que cela soit religieux, quel- que soit le thème
- Emporté par une grâce extraordinaire ?
- inspiré divinement ?
Des œuvres manifestent une contradiction qui trouve dans leur finalité, une contradiction inévitable :
Amalgamées, les figures sont monstrueuses, les proportions bafouées, proches de la déshumanisation, et là se trouve la laideur.
Dans le résultat hétéroclite et d’amateur, règne une nostalgie plus qu’une inspiration artistique ; le raisonnable se veut supérieur au génie vivant et donc à l’art et la vie qui est capitale dans le contenu de l’œuvre artistique.
L'art sacré - entre idéal et réalité
Une commande peut vite se transformer en utopie idéale : la confiance envers l’artiste, son autonomie, fait défaut, la commission de groupe peine à décider, elle finit pas choisir le plus classique, voir dans le pire des cas à dessiner elle même l’œuvre.
Une harmonie à trouver
Dans notre monde contemporain, où l’esthétique et le spirituel semblent à nouveau chercher à se rencontrer, la réponse à cette question pourrait redéfinir non seulement l’étiquette « art sacré », mais également la place de l’art dans nos vies.
La sculpture, en tant qu’art tridimensionnel, offre une perspective unique pour explorer cette tension. Les artistes désirant créer des œuvres dites sacrées doivent-ils sacrifier l’autonomie de l’art ? Ou, à l’inverse, est-il possible de réinventer une harmonie entre ces deux dimensions sans que l’une ne subjugue l’autre ?